Le soldat romain portait deux sortes de boucliers. L’un était petit et rond, l’autre très grand et rectangulaire, destiné à le protéger complètement. C’est de ce dernier dont il est question dans ce texte. Il s’agit d’une épaisse planche de bois dont l’extérieur est recouvert de métal ou de cuir. Ce revêtement extérieur est également très épais. Le métal faisait dévier les traits enflammés de l’ennemi tandis que le cuir, trempé avant la bataille, servait à éteindre la poix enflammée à l’extrémité de ses flèches.

Quand l’armée romaine livrait un combat important, ce bouclier jouait un rôle stratégique. Une longue ligne de soldats portant ces boucliers constituait le front devant les troupes ennemies. Derrière eux, d’autres soldats étaient armés d’épées et de flèches. Lorsque l’armée avançait vers l’ennemi, les soldats en première ligne plantaient leurs boucliers côte à côte créant ainsi un mur protecteur. C’est derrière ce mur que les archers décochaient leurs flèches sur l’ennemi. L’armée avançait ainsi petit à petit jusqu’à ce que les soldats puissent combattre corps à corps. Ce bouclier protégeait également les autres pièces de l’armure.
D’autre part, les archers de l’armée romaine recouvraient le bout de leurs flèches d’un tissu qui ressemblait à du coton et le trempaient dans la poix. Avant de tirer une flèche, ils l’enflammaient. Elle brûlait très lentement, mais elle était très chaude. Lorsque la flèche atteignait sa cible, la poix faisait des éclaboussures sur le vêtement du soldat ennemi et y allumait de petits feux. Ces flèches enflammées étaient une véritable terreur à l’époque. Nous pouvons dire qu’elles correspondaient aux bombes que nous connaissons aujourd’hui.
Dans notre vie spirituelle, si une flèche enflammée de l’ennemi parvient à nous atteindre, que ce soit dans nos pensées ou nos émotions, elle accomplira quelque chose de vil et d’horrible. En nous frappant, elle nous enflammera intérieurement comme un feu qui brûle, sans contrôle. Dans tous ces combats, le diable et ses démons ne sont jamais le vrai problème car le Seigneur, par sa mort et sa résurrection, les a vaincus pour toujours. Le problème, c’est nous. Si nous ne prenons pas le bouclier que Dieu nous a donné pour nous protéger, nous serons vaincus ; mais si nous l’utilisons, nous serons vainqueurs.
Le chrétien est protégé par le bouclier de la foi. Mais qu’est ce que la foi ? Dans l’Ancien Testament, il existe trois mots qui sont traduits par « foi » :
-
[1] ‘emunah : ce terme correspond à une disposition intérieure ; -
’emoun [2] : confiance qui permet de s’engager. -
[3] ‘emeth : ce terme se traduit aussi par « vérité » ; il correspond à une disposition extérieure qui rend nos actes ou nos paroles fiables ;
Ces trois mots décrivent ce qu’est la foi : elle est unique suivant trois axes… On pourrait inventer le mot « la foi-s » avec un « S » comme Dieu est UN en trois dans le mot ‘Elohim qui est un pluriel de trois [4] avec un verbe au singulier.
Ainsi, le chrétien est appelé à vivre
- une foi qui amène et acquiert le salut (Hb 6 : 18 ; 1 Pi 1 : 9) :
- une foi intérieure, que l’on pourrait qualifier de foi passive : comme Marie repassait les paroles de Dieu dans son cœur (Lc 2 : 19), cette foi nous édifie nous-mêmes (Jd 1 : 20) ;
- une foi extérieure, que l’on pourrait qualifier de foi active qui permet des œuvres justes et vraies (Jc 2 : 18 à 26).
Et la foi dont il est question ici n’est pas celle qui mène au salut [5]. Parfois, nous entendons parler de « la foi qui sauve »… Mais attention ! La foi ne sauve pas… La foi véritable mène au salut offert par Dieu [6]. Personne ne peut être pardonné de ses péchés, ni être accepté par Dieu sur la base de ses bonnes oeuvres. Nul ne peut mériter ou gagner la faveur de Dieu (Rm 4 : 1 à 5, 9 : 30 à 32 et 10 : 3 et 4). Dieu sauve seulement par grâce [7] et le salut est accordé par le moyen de la foi [8] (Ep 2 : 8 et 9). La foi en elle-même ne sauve pas. Elle est simplement le moyen par lequel un pécheur repentant accepte le salut que Dieu lui offre par grâce parce qu’il ne pourra jamais le mériter. Le mot « grâce » signifie précisément « une faveur que l’on ne pourra jamais mériter », quoi qu’on fasse.
La foi dont il est question ici est la foi vivante dans les promesses (la foi intérieure) et la puissance de Dieu (foi extérieure). Cette foi vivante regroupe les deux « foi-s » passive et active, intérieure et extérieure. L’une des promesses est contenue dans le livre des Proverbes : (Pr 2 : 7 et 8) « Il tient en réserve le salut pour les hommes droits, un bouclier pour ceux qui marchent dans l’intégrité en protégeant les sentiers de la justice et en gardant la voie de ses fidèles. » Dans ce verset, le mot « salut » est la traduction de
[9] tushiyah dont la racine signifie « établir solidement » et qui a pour sens « une solide connaissance » ou « la sagesse efficace ».
Peu importe les situations apparemment insurmontables que nous traversons ; si nous voulons être agréables au Seigneur, faisons-Lui confiance : (Hb 11 : 6) « Or, sans la foi il est impossible de Lui être agréable ; car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu existe (foi intérieure) et qu’Il est le rémunérateur de ceux qui Le cherchent (foi extérieure) ».
Par ailleurs nous trouvons la mention de deux boucliers dans la Parole de Dieu : le petit bouclier et le grand bouclier.
- (Ps 35 : 2) « Saisis le petit et le grand bouclier, Et lève–toi pour me secourir ! »
- (Jr 46 : 3) « Préparez le petit et le grand bouclier, Et marchez au combat ! »
Le soldat romain avait aussi deux boucliers : un petit (rond) et un grand (rectangulaire). Le bouclier de la foi correspond à l’action protectrice des deux « foi-s » : la foi intérieure (édification) et la foi extérieure (témoignage).
Que représentent les traits enflammés du Malin desquels le chrétien est protégé grâce à son bouclier ?
Ce sont d’abord toutes les accusations malveillantes qui brûlent notre conscience par de fausses culpabilités. Ce sont encore les pensées incontrôlées de doute ou de désobéissance, de rébellion, de convoitise, de méchanceté ou de crainte, toutes ces pensées qui nous éloignent de la vérité de Dieu et de la voie de la sagesse.
La foi triomphe victorieusement de tout cela, en se saisissant des promesses de Dieu, lorsque surviennent des moments de doute et de découragement. Mais si par la foi nous n’éteignons pas ces projectiles enflammés, ils allumeront en nous un feu étranger qui nous poussera à désobéir au Seigneur.
C’est seulement en faisant confiance à Dieu et à sa Parole que nous éviterons tous les pièges que Satan veut nous tendre. Ainsi, non seulement ces flèches enflammées seront amorties mais elles seront également éteintes par le bouclier de la foi.
Adam et Eve sont tombés dans le piège du diable parce qu’ils se sont davantage confiés en leurs propres capacités que dans la Parole de Dieu. L’arme fatale du diable c’est de nous en faire douter, en chuchotant à nos oreilles : « Dieu a-t-il réellement dit ? » (Gn 3 : 1) [10]. Accepter cette question, c’est ouvrir la porte sur deux chemins qui éloignent indubitablement, inexorablement de la présence de Dieu :
- Le doute quant à la réalisation des promesses de Dieu : il est normal d’éprouver de l’inquiétude face à une difficulté présente ou à venir. Dieu a démontré bien des fois qu’Il est capable de sauver ses serviteurs, que ce soit en les protégeant contre des dangers ou en leur donnant la force d’endurer les épreuves (Ps 34 : 17 ; Dn 6 : 22 ; 1 Co 10 : 13). Mais douter de Ses promesses, c’est se fermer la porte du salut car cela amènera inexorablement à douter que Dieu nous aime ou nous soutient… (perte de la foi intérieure)
- Le doute quant à la validité de la Parole aujourd’hui : Dieu serait ainsi amené à faire des « choses nouvelles »… Ce mensonge est une forme de slogan que nous entendons souvent dans certains milieux charismatiques tout comme « Dieu est plus grand que sa Parole » qui lui est presque synonyme. Ces déclarations sous-entendent que la première Eglise des Actes des Apôtres n’est plus le modèle exclusif du chrétien mais qu’il nous faut maintenant, si nous ne voulons pas subir le jugement divin, accepter ces « nouvelles révélations » émanant de ces prétendus nouveaux apôtres et prophètes qui se présentent dans l’Eglise. Leurs visions et directives sont placées au même niveau que les Ecritures et dans certains cas elles sont même considérées comme supérieures. Quel aveuglement et quelle arrogance ! (perte de la foi extérieure)
C’est en nous confiant tout simplement en Dieu et en obéissant à sa seule Parole que nous garderons en bon état notre bouclier de la foi et que nous serons protégés. Nous éteindrons alors tous les projectiles enflammés du malin et notre foi sera vivante et victorieuse. Car « la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ » (Rm 10 : 17). « L’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4 : 4).
Ainsi, la foi vivante dans les promesses de Dieu naît de « l’écoute de l’Évangile ». Paul utilise plusieurs fois l’expression : « l’obéissance de la foi », en grec «
», hypakoe pistis : il ne s’agit pas d’une obéissance-soumission comme celle d’un enfant à ses parents, ou d’un ouvrier à son patron. Le mot obéissance (
hypakoe) vient d’un verbe grec,
, peitho, qui veut dire « écouter », « prêter l’oreille ». La foi est essentiellement le fruit d’une écoute. La foi naît de l’écoute de la Parole de Dieu, de l’Évangile du Christ. D’ailleurs, l’étymologie du mot français « obéir » évoque lui aussi ce mystère d’écoute : à l’origine, oboedire en latin signifiait « prêter l’oreille à quelqu’un » d’où « être soumis ».
« L’obéissance de la foi » n’est donc pas une obéissance aveugle mais une « écoute du cœur », un accueil libre du Christ et de sa Parole.
Dans l’Ancien Testament, un seul mot signifie « écouter, obéir, mettre en pratique », reprenant ainsi les trois axes de la foi ; il s’agit de
Shama’, « Écoute Israël » (Dt 5 : 1). Ce mot est employé plus de 1000 fois dans l’Ancien Testament [11].
Cette « obéissance-écoute » n’est ni un acte arbitraire de Dieu ni une soumission passive de l’homme. Dieu prend l’initiative de « se révéler » à l’homme, l’invite à accueillir son Dessein d’amour mais l’homme peut librement refuser et choisir une autre voie.
Croire c’est donc « écouter » Dieu et accepter Sa Parole. La foi n’est jamais une simple adhésion intellectuelle à une doctrine mais un engagement vital : accepter d’entrer dans un dialogue (recevoir et donner), une Alliance dont Dieu a l’initiative. Dans la Bible, les trois mots « foi »,
[12] ‘emunah,
’emoun et
‘emeth, viennent de la racine hébraïque « AMEN ». Ce mot « amen » a une origine très concrète : à l’origine il désigne les piquets que les nomades fixaient autour de leur tente pour éviter que le vent ne l’emporte. Puis, progressivement, ce mot signifie la solidité d’un sol puis d’un contrat et enfin de Dieu Lui-même, solide comme un roc sur lequel on peut s’appuyer, en qui on peut faire confiance. Dire « amen » c’est engager sa foi suivant les trois axes !
Pour le chrétien, croire, c’est donc engager sa vie quotidienne à la suite du Christ. Jésus est non seulement la Parole de Dieu, l’Alliance qui se fait chair, mais il est aussi « le Chemin ». (Je suis le chemin, la Vérité et la Vie !). Il est le chemin qui nous guide vers la vraie Terre Promise, le Royaume de Dieu. Cette « écoute de la foi » est, comme dans la Bible, un engagement à vivre, à mettre en pratique la Parole de Dieu révélée en Jésus comme il est écrit « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique » (Lc 8 : 19 à 21 ; 11 : 28).
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