- On racontait que, pour la prouver, Marie avait dû passer par l’épreuve de « l’eau amère » c’est-à-dire boire une écœurante décoction de poussière recueillie dans les parvis, et, après avoir fait sept fois le tour de l’autel, montrer au Grand Prêtre que rien ne paraissait sur son visage.
- On assurait que des sages-femmes pouvaient témoigner.
- Une anecdote du Protévangile de Jacques [1], d’un goût douteux, raconte que la sage-femme Salomé, désirant une confirmation trop précise, a vu sa main dessécher aussitôt.
La naissance miraculeuse de Jésus a suscité d’abondantes discussions. La critique « libre » aujourd’hui, en rejetant « le mythe de la naissance virginale de Jésus », propose divers arguments ou hypothèses. Cette « fable » n’a-t-elle pas été influencée par les diverses parthénogénèses de l’antiquité grecque et orientale ?
- La mère du dieu Attis n’était-elle pas devenue enceinte pour avoir mangé certaine grenade ?
- Pythagore, Platon, Auguste lui-même n’auraient-ils pas bénéficié de naissances miraculeuses ?
- Persée, le héros grec, serait né de la vierge Danaé, fécondée par Zeus, venu à elle sous la forme d’une pluie d’or.
Ou ce thème n’a-t-il pas surgi dans les communautés chrétiennes primitives pour montrer l’accomplissement de la prophétie d’Esaïe : « La Vierge concevra et enfantera un fils » (Es 7 : 14), annonce citée dans l’Evangile selon Matthieu (Mt 1 : 23) ? Pour étayer cette remarque, certains disent que le texte d’Esaïe a ce sens dans la traduction grecque des Septante dans laquelle on lit
parthenos, vierge, alors que le mot correspondant du texte hébreu
‘almah a un sens plus large signifiant « être féminin ».
Il est facile de répondre que des rapprochements analogues avec diverses histoires ou religions peuvent alors être proposés pour n’importe quel fait ou dogme : des « critiques » admis que la vie de Napoléon est l’expression d’un mythe solaire. Cela dépend de l’exigence qu’on manifeste quant aux points de comparaison. Il faut de la bonne volonté pour assimiler les fables de Zeus changé en pluie d’or, en taureau ou en cygne, au récit parfaitement sobre de l’Evangile de Luc. L’idée d’un dieu préexistant qui s’incarne ne se trouve pas dans l’Antiquité. En outre, est-il plausible que ces communautés judéo-chrétiennes, si hostiles à toute pénétration étrangère, se soient mises à l’école des traditions idolâtres ? Quant à l’argument évoqué à la citation d’Esaïe, il est contestable. D’abord, parce que le sens exact du mot
‘almah est sujet à contestations et qu’en outre, s’il est exact que les rédacteurs de l’Évangile aiment à citer les prophéties de l’Ancien Testament qui appuient leurs dires, il n’a jamais pu être prouvé que les faits aient été inventés par eux pour paraître accomplir la prophétie. Rien autorise à mettre en doute la véracité certaine du texte évangélique.
Par ailleurs, la naissance virginale de Jésus était une nécessité pour qu’Il puisse prétendre au titre de roi, successeur de David, selon les prophéties bibliques [2] :
- Joseph, descendant de David par Jéchonias ne pouvait avoir de descendant naturel sur le trône de David.
- Marie, en tant que descendante de David, ne pouvait prétendre au trône de David puisque sa condition de femme lui interdit l’accès à la royauté.
Seul la prescience et le miracle de Dieu pouvaient répondre à cette inextricable situation…
Le débat peut se poursuivre longtemps sans avancer d’un pas. Est-ce, d’ailleurs, placer l’événement sur son terrain véritable que d’en controverser ? « Ce ne sont pas des signes de foi mais des objets de foi » [3].
« Objet de foi », la naissance promise l’avait été pour elle-même d’abord, car à l’annonce de l’ange, elle a répondu avec une simplicité merveilleuse « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ! » (Lc 1 : 38). L’incarnation de Dieu réclamait une acceptation humaine. Pour que l’homme soit sauvé, il faut autre élément encore qu’une intervention extérieure, soit-elle de Dieu [4] : sa volonté est nécessaire [5].
- « sachant que ce n’est pas par des choses périssables, par de l’argent ou de l’or, que vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre que vous aviez héritée de vos pères, mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache, prédestiné avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des temps, à cause de vous, qui par lui croyez en Dieu, lequel l’a ressuscité des morts et lui a donné la gloire, en sorte que votre foi et votre espérance reposent sur Dieu ». (1 Pi 1 : 18 à 21)
- « celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie ». (Jn 5 : 24)
Mais rien ne peut se faire sans la volonté d’En-Haut qui a été clairement énoncée :
- « Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier–né entre plusieurs frères ». (Rm 8 : 29)
- « Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés ». (Rm 8 : 30)
- « nous ayant prédestinés dans son amour à être ses enfants d’adoption par Jésus–Christ, selon le bon plaisir de sa volonté » (Ep 1 : 5).
- « En lui nous sommes aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté » (Ep 1 : 11)
Cela est marqué par le Prophète quand il annonce que le nom [6] du fils de la vierge sera Emmanuel (Es 7 : 14) et par l’ange quand il dit à Marie d’appeler son enfant : Jésus (Mt 1 : 21), car
‘Immanou ‘El signifie « Dieu avec nous » et
Yeshoua « Dieu est notre secours ».
L’un et l’autre mot ont une signification évidente : la naissance miraculeuse promettait au monde son Sauveur.
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