Le philosophe Justin de Naplouse [2] est le premier à situer la naissance de Jésus dans une grotte [3], ce que la tradition chrétienne [4] a colporter depuis. Dans son Dialogue avec Tryphon [5] il écrit :
« Joseph le fiancé de Marie, qui avait voulu renvoyer sa fiancée la croyant enceinte par le commerce d’un homme, c’est-à-dire par fornication, reçut en vision l’ordre de ne pas renvoyer sa femme et l’ange qui lui apparut lui dit que ce qu’elle portait en elle, dans son sein, venait de l’Esprit Saint. Rempli de crainte il ne la renvoya pas. Au contraire, comme c’était en Judée qu’eut lieu le premier recensement de Quirinius (Lc 2 : 2) [6], de Nazareth où il habitait, il monta se faire inscrire à Bethléem d’où il était, car il était de la tribu de Juda qui occupait cette région.... L’enfant était né à Bethléem, comme Joseph n’avait pas où loger dans ce village, il s’installa dans une grotte toute voisine de Bethléem, et tandis qu’ils étaient là, Marie enfanta le Christ et le plaça dans une mangeoire : à leur arrivée les mages [7] d’Arabie l’y trouvèrent ».
Origène [8] répète cette tradition qui est connue également par l’auteur du Protévangile de Jacques [9]. Les textes bibliques ne mentionnent jamais grotte [10] et étable comme lieu d’accueil de Joseph et de Marie à Bethlehem.
Joseph avait de la famille à Bethlehem mais les maisons étaient remplies puisqu’il n’y avait pas de place dans la «
» (kataluma), traduit par hôtellerie mais qui signifie « chambre des invités » ou « chambre d’en haut » ou « grande salle à manger ». Ce n’est que par extension qu’il a reçu le sens d’hôtellerie, lieu d’accueil par excellence.
Le plan des maisons des gens pauvres étaient simples : de la rue on entrait dans une cour. Sur l’un des côtés se trouvaient une ou deux pièces pour les provisions ; sur l’autre des pièces pour accueillir les animaux. Au bout se trouvait une grande pièce qui tenait lieu à la fois de salle de séjour et de chambre à coucher (voir illustration).
D’autres plans étaient plus travaillés et comprenaient deux parties : à l’entrée, au niveau du sol, l’espace en terre battue où l’on mettait les bêtes en hiver et, à l’arrière de la maison, une plate-forme surélevée où vivait la famille. Juste au-dessous, on gardait les outils et les cruches et parfois de petits animaux. Les ustensiles de cuisines, les vêtements et la literie étaient rangés sur la plate-forme.
Il y avait enfin les maisons à deux niveaux superposés comportant deux pièces au rez-de-chaussée et deux pièces à l’étage. Les pièces du bas étaient utilisées, en hiver, pour garder les animaux domestiques, servant ainsi de chauffage au niveau supérieur.
Joseph étant de la maison et de la famille de David monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée, dans la ville de David (Lc 2 : 4). Il avait donc de la famille dans la ville, mais l’affluence de toute la famille a rendu « la maison quatre pièces » comme on les appelait, petite. Alors, faute de place dans la chambre du haut, Joseph et Marie se sont installé au rez-de-chaussée. Mais, étant donné la saison [11], ces pièces étaient vides puisque les animaux étaient aux champs (Lc 2 : 8). Ainsi, Joseph et Marie pouvaient s’installer en bas, dans des pièces propres et sans présence animale [12] puisque nettoyées depuis la fin de l’hiver précédent.
Un bref verset de Luc résume tout ce que nous savons sur cet événement à la fois si simple et si prodigieux. « Elle mit au monde son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche. » (Lc 2 : 7) Il est vain de broder sur cette sobre indication. La phrase donne l’impression que Marie était seule, qu’aucune autre femme ne se trouvait là pour lui porter assistance ; des théologiens en ont conclu beaucoup de choses sur les conditions miraculeuses de la naissance et la virginité de Marie in partu [13].
Une leçon d’extrême humilité se dégage de cet épisode, qui correspond parfaitement à ce qu’on observera plus tard de Celui qui sera « doux et humble de cœur » (Mt 11 : 29). Quant à l’âne et au bœuf, ils n’ont aucune existence scripturaire mais viennent des apocryphes dont les rédacteurs se sont servis de deux passages de l’Écriture « Le bœuf connaît son maître et l’âne la crèche de son Seigneur » (Es 1 : 3) et, selon la version des Septante, « Accomplis ton œuvre entre deux animaux [14], ô Eternel ! » (Ha 3 : 2).
Cependant, l’événement dont « la pièce du bas » avait été le lieu ne devait pas demeurer confidentiel. « Il y avait, dans cette même contrée, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. » (Lc 2 : 8) Nous ne savons pas si ces bergers étaient des pâtres villageois qui avaient, pour la nuit, ramené leurs bêtes dans les enclos et qui veillaient pour préserver leur bien des fauves et des voleurs à tour de rôle… Ou de vrais nomades qui ne rentrent jamais leurs moutons mais se bornent à leur attacher une patte à la queue la nuit. Cette coutume de la surveillance nocturne des troupeaux existe encore en Israël et l’on peut entendre les cris rythmés des veilleurs qui se répondent dans l’obscurité et le silence avec parfois un chant de flûte alterné.
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