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42 Lc 002-007 001 La crèche où Jésus est né

lundi 15 février 2010

A l’entrée de l’agglomération de Bethléem, un bâtiment que l’évangéliste Luc nomme , kataluma, traduit par « hôtellerie », aurait pu recevoir les voyageurs. Les « hôtelleries » de l’époque, sorte de caravansérail [1], n’ont rien de confortable : une enceinte carrée enferme un espace à ciel ouvert où s’entassent les bêtes ; un portique de bois abrite tant bien que mal les humains ; quant aux chambres, minuscules et rares, elles se louent excessivement cher en rapport à leur confort et le bruit y régnant en raison des voyageurs et des marchands y faisant halte.

Le philosophe Justin de Naplouse [2] est le premier à situer la naissance de Jésus dans une grotte [3], ce que la tradition chrétienne [4] a colporter depuis. Dans son Dialogue avec Tryphon [5] il écrit :

« Joseph le fiancé de Marie, qui avait voulu renvoyer sa fiancée la croyant enceinte par le commerce d’un homme, c’est-à-dire par fornication, reçut en vision l’ordre de ne pas renvoyer sa femme et l’ange qui lui apparut lui dit que ce qu’elle portait en elle, dans son sein, venait de l’Esprit Saint. Rempli de crainte il ne la renvoya pas. Au contraire, comme c’était en Judée qu’eut lieu le premier recensement de Quirinius (Lc 2 : 2) [6], de Nazareth où il habitait, il monta se faire inscrire à Bethléem d’où il était, car il était de la tribu de Juda qui occupait cette région.... L’enfant était né à Bethléem, comme Joseph n’avait pas où loger dans ce village, il s’installa dans une grotte toute voisine de Bethléem, et tandis qu’ils étaient là, Marie enfanta le Christ et le plaça dans une mangeoire : à leur arrivée les mages [7] d’Arabie l’y trouvèrent ».

Origène [8] répète cette tradition qui est connue également par l’auteur du Protévangile de Jacques [9]. Les textes bibliques ne mentionnent jamais grotte [10] et étable comme lieu d’accueil de Joseph et de Marie à Bethlehem.

Joseph avait de la famille à Bethlehem mais les maisons étaient remplies puisqu’il n’y avait pas de place dans la «   » (kataluma), traduit par hôtellerie mais qui signifie « chambre des invités » ou « chambre d’en haut » ou « grande salle à manger ». Ce n’est que par extension qu’il a reçu le sens d’hôtellerie, lieu d’accueil par excellence.

Le plan des maisons des gens pauvres étaient simples : de la rue on entrait dans une cour. Sur l’un des côtés se trouvaient une ou deux pièces pour les provisions ; sur l’autre des pièces pour accueillir les animaux. Au bout se trouvait une grande pièce qui tenait lieu à la fois de salle de séjour et de chambre à coucher (voir illustration).

D’autres plans étaient plus travaillés et comprenaient deux parties : à l’entrée, au niveau du sol, l’espace en terre battue où l’on mettait les bêtes en hiver et, à l’arrière de la maison, une plate-forme surélevée où vivait la famille. Juste au-dessous, on gardait les outils et les cruches et parfois de petits animaux. Les ustensiles de cuisines, les vêtements et la literie étaient rangés sur la plate-forme.

Il y avait enfin les maisons à deux niveaux superposés comportant deux pièces au rez-de-chaussée et deux pièces à l’étage. Les pièces du bas étaient utilisées, en hiver, pour garder les animaux domestiques, servant ainsi de chauffage au niveau supérieur.

Joseph étant de la maison et de la famille de David monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée, dans la ville de David (Lc 2 : 4). Il avait donc de la famille dans la ville, mais l’affluence de toute la famille a rendu « la maison quatre pièces » comme on les appelait, petite. Alors, faute de place dans la chambre du haut, Joseph et Marie se sont installé au rez-de-chaussée. Mais, étant donné la saison [11], ces pièces étaient vides puisque les animaux étaient aux champs (Lc 2 : 8). Ainsi, Joseph et Marie pouvaient s’installer en bas, dans des pièces propres et sans présence animale [12] puisque nettoyées depuis la fin de l’hiver précédent.

Un bref verset de Luc résume tout ce que nous savons sur cet événement à la fois si simple et si prodigieux. « Elle mit au monde son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche. » (Lc 2 : 7) Il est vain de broder sur cette sobre indication. La phrase donne l’impression que Marie était seule, qu’aucune autre femme ne se trouvait là pour lui porter assistance ; des théologiens en ont conclu beaucoup de choses sur les conditions miraculeuses de la naissance et la virginité de Marie in partu [13].

Une leçon d’extrême humilité se dégage de cet épisode, qui correspond parfaitement à ce qu’on observera plus tard de Celui qui sera « doux et humble de cœur » (Mt 11 : 29). Quant à l’âne et au bœuf, ils n’ont aucune existence scripturaire mais viennent des apocryphes dont les rédacteurs se sont servis de deux passages de l’Écriture « Le bœuf connaît son maître et l’âne la crèche de son Seigneur » (Es 1 : 3) et, selon la version des Septante, « Accomplis ton œuvre entre deux animaux [14], ô Eternel ! » (Ha 3 : 2).

Cependant, l’événement dont « la pièce du bas » avait été le lieu ne devait pas demeurer confidentiel. « Il y avait, dans cette même contrée, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. » (Lc 2 : 8) Nous ne savons pas si ces bergers étaient des pâtres villageois qui avaient, pour la nuit, ramené leurs bêtes dans les enclos et qui veillaient pour préserver leur bien des fauves et des voleurs à tour de rôle… Ou de vrais nomades qui ne rentrent jamais leurs moutons mais se bornent à leur attacher une patte à la queue la nuit. Cette coutume de la surveillance nocturne des troupeaux existe encore en Israël et l’on peut entendre les cris rythmés des veilleurs qui se répondent dans l’obscurité et le silence avec parfois un chant de flûte alterné.

Documents liés à celui-ci :

« 42 Lc 002-007 001 La crèche où Jésus est né »
« 23 Es 035-004 001 L’incarnation du Messie »
« 40 Mt 001-001 001 L’époque de la venue du Messie »
« 42 Lc 002-001 001 Le recensement au temps de Jésus »
« 40 Mt 002-001 001 La date de la naissance du Messie »
« 40 Mt 002-002 001 L’étoile annonçant la naissance du Messie »
« 40 Mt 001-018 001 Jésus, mystère de l’incarnation »
« 41 Mc 010-045 002 Les raisons de l’incarnation du Messie »

(au sujet de l’utilisation des textes)

Notes

[1] Un caravansérail est un bâtiment qui accueille les marchands et les pèlerins le long des routes et dans les villes. Il est toujours fortifié et comporte à la fois des écuries (ou des enclos) pour les montures et les bêtes de somme, des magasins pour les marchandises et des chambres pour les voyageurs. Il est fréquent que les magasins se trouvent au rez-de-chaussée et les chambres au premier étage, comme dans les habitations de l’époque gallo-romaine.

[2] Justin de Naplouse, également connu comme Justin le Martyr ou Justin le Philosophe, est un apologète (un défenseur systématique des vérités religieuses) et un martyr chrétien né entre 100 et 114 et mort à Rome entre 162 et 168. Originaire de Naplouse, venu à la foi chrétienne à l’âge adulte, il séjourne plusieurs années à Rome où il ouvre une école. Il est décapité dans cette ville. Quoique d’origine païenne, il connaît fort bien le monde juif.

[3] Cette localisation du lieu de naissance de Jésus provient certainement de l’usage qu’avaient des bédouins qui vivaient, à l’est de Jérusalem, dans des grottes avec leurs animaux.

[4] Cette tradition a été largement colportée par l’église catholique.

[5] Le Dialogue avec Tryphon est un écho littéraire de discussions que Justin de Naplouse aurait eu avec des rabbins au sujet de l’interprétation de la tradition d’Israël.

[6] Voir « 42 Lc 002-001 001 Le recensement au temps de Jésus »

[7] Les mages sont évoqués uniquement dans l’Evangile selon Matthieu, mais celui-ci n’en fait pas des rois, ne leur donne pas de noms et ne précise pas leur nombre (Mt 2 : 1). C’est Origène (185-254), dans ses Homélies sur la Génèse (Hom. Gén. 14,3), qui, le premier, fixe leur nombre à trois en se basant sur les trois présents (or, encens, myrrhe) et en établissant une relation avec les trois personnages (Abimélek, Ahuzzat et Pikol) rendant visite à Isaac (Gn 26 : 26 à 29). Les noms traditionnels de Gaspard, Melchior et Balthazar apparaissent pour la première fois dans un manuscrit du 6ème siècle intitulé « Excerpta Latina Barbari ». Ils y sont désignés sous les noms de Bithisarea, Melichior et Gathaspa. Vers la même époque, ils apparaissent dans un écrit apocryphe, l’Évangile arménien de l’Enfance, qui leur donne les noms de Balthazar, Melkon (Melchior) et Gaspard. C’est la référence à plusieurs versets d’Esaïe et aux prédictions de l’Ancien Testament (Ps 72 : 10 et 11) qui établit la tradition : « les rois de Tarsis et des îles paieront des tributs », « les rois de Séba et de Saba offriront des présents » et « tous les rois se prosterneront devant Lui, toutes les nations Le serviront ». Le premier aurait été roi de l’Inde, le second roi des Arabes et le troisième roi des Perses. Ce troisième nom rejoint la légende qui entoure le roi Gondopharès 1er (20 – 48) qui aurait été converti par l’apôtre Thomas (Apocryphe des Actes de Thomas).

[8] Origène est un philosophe et théologien du 2ème et 3ème siècle. Apologiste d’une rare fécondité, il mit au point une méthode d’étude de l’Ancien Testament et fut le fondateur de l’exégèse biblique.

[9] Le Protévangile de Jacques est un évangile de l’enfance de Jésus placé sous l’autorité de Jacques le Majeur (Jacques de Zébédée ou Jacques le Majeur ou saint Jacques est l’un des douze apôtres de Jésus Christ. Il est nommé « Jacques, fils de Zébédée » dans le Nouveau Testament), ou, le plus souvent, Jacques le Mineur (Jacques le Mineur ou le Petit est le plus souvent identifié à Jacques le Juste, « frère du Seigneur » de Mc 6 : 3, éventuellement cousin, la question est controversée. Il est aussi parfois compris comme étant Jacques, fils d’Alphée, un des apôtres (Mt 10 : 3). Ce qui implique que le nom d’« Alphée » soit assimilable à celui de « Clopas », ce qui est très discutable). Protévangile signifie « qui se situe au commencement de » ou « qui est immédiatement antérieur à » l’Évangile ; ce nom a été donné par l’érudit français Guillaume Postel qui en a fait une traduction latine, car il porte sur des événements antérieurs à ceux qui sont relatés dans les Évangiles canoniques. Le titre original était Nativité de Marie.

[10] Aujourd’hui, fort de cette tradition, une basilique a été bâtie sur le lieu présumé de la naissance du Christ. Elle fut construite au 4ème siècle par l’empereur romain Constantin 1er le Grand.

[11] Jésus est né entre le 1er et le 3 avril : voir « 40 Mt 002-002 001 L’étoile annonçant la naissance du Messie »

[12] A partir du 6ème siècle, les écrits anciens rapportent que la célébration de la nuit de Noël se déroulait « ad praecepe » dans l’église de Sainte Marie à Rome, ce qui signifie littéralement « autour de la crèche ». C’est donc à cette époque que l’on peut ramener l’existence d’une première crèche telle que nous les connaissons aujourd’hui avec Marie, Joseph, l’âne et le bœuf, faite de statues.

[13] Au 3ème siècle, la virginité de Marie après son accouchement (appelée « virginitas in partu » en opposition à la virginité avant l’accouchement appelée « virginitas ante partu ») est un sujet très débattu puisqu’il était utilisé par certains pour justifier de la non divinité de Jésus-Christ : pour l’auteur du Protévangile et pour Clément d’Alexandrie, Marie serait restée physiquement vierge lors de l’accouchement ; pour d’autres, comme Tertullien, Marie aurait perdu la virginité physique. Si le sujet est débattu, c’est à cause des gnostiques qui soulignaient l’accouchement virginal comme étant une preuve de l’incarnation « seulement apparente » du Christ ; et aussi à cause des disciples d’Apollinaire qui pouvaient trouver dans l’accouchement virginal un appui pour soutenir l’idée d’une humanité imparfaite du Christ.

[14] L’hébreu porte : « Accomplis ton œuvre dans le cours des années, ô Eternel ! »

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