THEONOPTIE

48 Ga 002-004 001 Qu’est ce que la tolérance coranique ?

mercredi 3 février 2010

La question de la tolérance et de « l’Islam » est un thème évoqué de plus en plus par les divers médias et en particulier sur les écrans [1]. Et les événements du Proche-Orient ne cessent d’alimenter les débats.

Sommes-nous devant de simples divergences d’ordre politique, économique ou autre ? Les problèmes résultent-ils simplement d’une méconnaissance de l’autre, de sorte qu’ils pourraient être résolus par des efforts de « dialogue » basés sur une compréhension mutuelle ? D’aucuns continuent de le croire sous peine de désespérer mais en réalité cela ne dépend pas de la bonne volonté des uns ou des autres : ce sont des logiques « d’opposition entre le bien et le mal » qui sont en jeu.

Sur de telles logiques, les « dialogues » n’ont pas de prise. La difficulté est d’abord de connaître et plus encore de reconnaître ces logiques qui ne sont pas rationnelles mais pourtant omniprésentes.

Le discours dominant développe une apologie de la tolérance à laquelle l’Islam répond par des versets coraniques comme preuve d’une religion de tolérance : la tolérance est une valeur fortement mise en avant aujourd’hui, quelque soit l’orientation religieuse (catholique, protestante, musulmane…), philosophique (théosophe, philosophe, athée…) ou politique de la voix qui en parle… Mais quelle définition du mot « tolérance » lorsqu’elle est liée à l’Islam !

Que contient la notion générale de tolérance ? Et surtout quel rapport a-t-elle avec le respect ? La tolérance concerne un mal à supporter. Or, peut-on considérer que des gens puissent être des objets de tolérance au sens où ils appartiendraient à une catégorie de maux à supporter faute de pouvoir s’en débarrasser… et ne devrait-on pas plutôt écrire « faute de pouvoir s’en débarrasser pour le moment » ?

Le respect dû à autrui est plus qu’une tolérance : c’est la reconnaissance du droit qu’a l’autre d’exister, ce qui suppose un certain sens de l’égalité fondamentale entre les hommes au delà des divergences culturelles, politiques, philosophiques ou religieuses. Si l’autre devient un mal à tolérer plutôt que quelqu’un à respecter, la tolérance n’est plus que l’habillage du meurtre moral ou physique qui, tôt ou tard, sera perpétré. Malheureusement, c’est très souvent suivant cette définition générale qu’on la rencontre dans des textes fondateurs comme le « Petit Livre rouge » du maître de la Chine que fut Mao Zedong [2].

Qu’en est-il du texte coranique ?

Lorsqu’il s’agit de l’Islam, un verset [3] est toujours cité dès qu’il est question de « tolérance » en rapport avec le Coran. La traduction habituelle est la suivante :

« Pas de contrainte en matière de religion » [4]

Il s’agit de quatre mots qu’il faut rendre plus exactement par : « Pas de contrainte dans la religion ». Quelle religion ? La religion en général ? Ce quart de verset « paraît acquérir aujourd’hui dans l’Islam une évidence et une actualité qui ne s’attachaient pas à lui auparavant » [5]. Est-il une invitation au respect envers ceux qui professent d’autres convictions religieuses [6] ? Cette interprétation est-elle enseignée dans les universités islamiques, si influentes de nos jours ? Celle-ci peut-elle se fonder sur la tradition ou s’appuyer sur la mise en lumière d’un sens textuel ? D’autres versets doivent être regardés également, ce qui est d’autant plus faisable qu’ils ne sont pas très nombreux parmi les 6226 versets du Coran.

La phrase en quatre mots « Pas de (lâ) contrainte (ikrâh) dans (fî) la religion (ad-dîn) » n’est pas évidente dans sa compréhension immédiate.

Si le texte veut désigner la religion universelle compris à l’occidentale, au sens où l’on voudrait lire : « Pas de contrainte en matière de religion », le mot « dîn » n’est pas le plus adéquat au regard du vocabulaire coranique. Dans le Coran, le terme de « milla » signifie justement religion-doctrine en général et celui de « ‘ibâda » désigne la religion en tant que service divin d’adoration : ils conviendraient donc très bien dans ce cas.

Voici les commentaires qu’a donnés Tabarî [7], habituellement désigné sous le titre de « argument de l’Islam » tant il est incontournable :

« Les termes « Lâ ikrât fî d-dîn » signifient que personne ne peut être contraint à embrasser l’Islam... Mais il est également possible d’admettre que l’article a été introduit ici avec une fonction de pronom de rappel [ad-dîn valant ainsi pour dîn-hi] qui renverrait au Nom divin mentionné dans le verset précédent. Le sens serait alors le suivant : « Il est le Sublime, l’Immense ; pas de contrainte dans sa religion [c’est-à-dire à l’intérieur de l’Islam, entre les différentes factions]. Les commentateurs sont partagés sur le sens de ce verset...
Enfin, selon d’autres, ce verset a été abrogé car il a été révélé avant que le combat contre les associateurs [8] ne soit imposé selon le principe que des versets postérieurs abrogent des versets « descendus » antérieurement.
L’avis le plus pertinent est de considérer que ce verset a été descendu à propos de certaines catégories de gens : les gens des deux livres, les Mazdéens [9] (Majûs) et tous ceux qui professent une religion différente de l’Islam et desquels la capitation [10] peut être acceptée. Tous les musulmans rapportent que le Prophète contraignit certaines catégories de gens à embrasser l’Islam, qu’il n’acceptait aucune autre profession de foi de leur part et qu’il les condamnait à mort s’ils refusaient ; c’était le cas des Arabes idolâtres, des renégats et d’autres cas semblables.
Il n’y a pas à contraindre à faire entrer dans la religion quelqu’un dont il est licite d’accepter la capitation dans la mesure où il acquitte cette capitation et agrée le statut d’infériorité que lui confère l’Islam ».

En clair, il ne convient pas de contraindre les juifs et les chrétiens à devenir musulmans mais bien de les soumettre, la domination politique islamique devant s’exercer particulièrement par un impôt spécial qu’ils devront payer et qui leur vaudra d’être « tolérés ». En quelque sorte, cet impôt, payé par individu [11], confère le droit de vivre dans la société musulmane ou plus exactement le droit de vivre tout simplement. Allah le veut ainsi explique Tabarî. Il s’agit donc bien d’une tolérance par rapport à un mal : les juifs et les chrétiens sont des maux mais ils deviennent tolérables s’ils rapportent de l’argent et constituent des citoyens de seconde zone, les dhimmis [12].

Au demeurant, Allah n’oblige pas à réduire en esclavage les non musulmans puisqu’il est écrit « Allah ne vous interdit pas d’être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus à mort dans la religion » [13].

La permission est donnée d’être bon et équitable. Si on ne l’est pas, c’est bien également. Ainsi, quelles que soient les nuances il paraît difficile de regarder les quatre mots formant le verset 256 de la sourate 2 autrement qu’à la manière de Tabarî : « Pas de contrainte dans l’Islam ». On peut tout de même souligner ceci :

  • « Cette formule est à sens unique : il faut laisser la liberté à un non musulman d’embrasser l’Islam mais rien n’est dit de la démarche inverse où un Musulman choisirait de renoncer à sa religion » [14].
  • Certaines fatwas [15] récentes émises dans les Emirats Arabes ont édicté que celui qui renonce à l’Islam n’a pas seulement quinze jours pour y revenir avant d’être tué mais toute sa vie, ce qui est une manière élégante de tourner le principe et de renvoyer la vengeance de Allah [16] à un monde meilleur. Mais une telle subtilité a-t-elle une chance d’être reçue par la multitude des gens simples et dans un contexte de tensions exacerbées ?

Revenons plus précisément sur les mots de ce verset 256 de la sourate 2 : « Pas de (lâ) contrainte (ikrâh) dans (fî) la religion (ad-dîn) »

Il n’est pas certain que le mot « dîn » signifiait religion dans le feuillet primitif qui devint un jour la sourate 2. Or, dès la première sourate, ce sens ne convient pas : Allah y est dit « mâlik yaûm d-dîn », ce qui signifie non pas « Maître du Jour de la religion », mais bien « Maître du Jour du Jugement » [17], comme Tabarî l’indique lui-même [18].

Selon la racine sémitique, « dîn » est en rapport avec ce qui est dû [19] ou avec le fait de rendre ce qui est dû c’est-à-dire la justice (connotation prédominante dans les 38 occurrences de l’hébreu biblique, ce qui donne surtout les sens de jugement et de juge [20]). Ce qui est dû en justice à Allah, c’est évidemment le culte [21] ; de cette manière, on a pu glisser tardivement du sens de culte à celui de religion [22].

Quant au mot ikrâh, sa signification est inséparable de celle de la racine krh, c’est-à-dire partager en deux ou, au sens figuré, diviser intérieurement, troubler [23]. On retrouve ce sens dans l’arabe karata [24], affliger. Le verbe kariha, détester, semble être ainsi un doublet artificiel d’où dérive la forme causative qui nous intéresse, ikrâh, le fait de faire détester, d’où est extraite par glissement l’idée de contrainte. Mais le sens originel de ikrâh serait plutôt le fait de causer un trouble intérieur.

Le verset 256 de la deuxième sourate prend alors un sens beaucoup plus cohérent : « Pour le croyant, il ne doit pas y avoir de cause de trouble dans le culte, car le bon chemin se distingue de l’errance, etc. »

Du reste, il apparaît que le sens premier de la racine krh reste sous-jacent dans les diverses occurrences coraniques, quelle que soit leur forme verbale. Par exemple, dans la sourate 2, verset 216, le mot kurh signifie plutôt trouble ou source d’hésitation que contrainte ou désagrément : « On vous a prescrit le combat à mort (qitâl) [25], ce qui vous est un trouble (kurh) ».

De plus, avant le verset 256, il est justement question du « Jour où il n’y aura plus ni marchandage ni amitié ni intercession » [26]. L’enseignement du passage est clairement d’affirmer que les croyants guidés par Allah et sûrs de leur récompense rendront un culte à Allah dans la tranquillité d’esprit.

« Pas de trouble dans le culte à rendre à Dieu. Le bon chemin se distingue en effet de l’errance… Allah est le Patron de ceux qui croient : Il les fait sortir des ténèbres à la lumière. Mais ceux qui kafarent [27] ont pour patrons les démons rebelles : ceux-ci les font sortir de la lumière aux ténèbres » [28].

Les vrais croyants qui rendent à Dieu un culte sont sur le bon chemin de lumière, tandis que les autres sont dans l’errance : ils sont voués aux démons et aux ténèbres. Le texte est clair.

Parmi les autres versets parfois cités pour fonder la tolérance coranique, il arrive que l’on cite le verset 6 de la sourate 9, qui rappelle le devoir d’hospitalité, même vis-à-vis d’un associateur : « Si un associateur te demande asile, donne-lui asile de sorte qu’il entende la parole de Dieu ; ... ce sont vraiment des gens qui ne savent pas ».

Ce verset est positif… Ou plutôt le serait s’il n’y avait pas le verset précédent qui dit : « Tuez (qtulû) les associateurs où que vous les trouviez... mais s’ils acquittent l’impôt, laissez-leur le champ libre » [29].

Parfois, cet autre verset d’allure très positive est cité : « Si Allah avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté » [30].

Evidemment, il convient de déterminer qui est ce « vous ». Est-ce à l’humanité entière que le verset s’adresse ? À cette question, la tradition musulmane a toujours répondu avec une grande unanimité : il s’agit des seuls musulmans qui se répartissent entre diverses écoles juridiques et théologiques. Ce verset ouvrirait donc la porte à un certain pluralisme à l’intérieur de l’Islam, ce qui rejoint une des interprétations données par Tabarî du verset 256 de la sourate 2, exposée plus haut. Ce verset ne concerne donc pas les non musulmans.

Les versets 99 et 100 de la sourate 10 sont également cités : « Si ton Seigneur voulait, tous ceux qui sont sur la terre, tous, croiraient. Est-ce à toi de contraindre (krh) les gens à être croyants ? Il n’est en personne de croire, que par permission de Allah. Et il mettra (yaj‘alu) la souillure sur ceux qui n’auront pas compris » [31].

Ces deux versets expriment bien la manière islamique de penser la tolérance, qui se réfère ici implicitement à l’idée de prédestination : Dieu ayant prédestiné certains à aller au Paradis et les autres en Enfer, il n’y a pas lieu de se soucier des non musulmans qui, de toute façon, iront en Enfer [32].

Il faut encore mentionner le verset 32 de la sourate 5 cité habituellement de manière raccourcie : « Quiconque tuerait une personne, c’est comme s’il avait tué tous les gens ensemble ».

Ce verset est très intéressant. D’abord, il faut le lire en entier : « À cause de cela [33], nous avons prescrit sur les enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne – non en prix d’une personne [34] ou en prix d’un désordre sur la terre [35] –, c’est comme s’il avait tué tous les gens ensemble. Et quiconque l’aurait fait vivre [36], c’est comme s’il avait fait vivre tous les gens ensemble ».

Régis Blachere [37] en a trouvé un parallèle dans la Michna [38], qui forme la base de l’enseignement rabbinique ; il s’agit d’un commentaire relatif au crime commis par Caïn, fils d’Adam : « C’est pourquoi l’Homme a été simplement créé pour montrer que quiconque tue quelqu’un en sera tenu pour responsable comme s’il avait tué tout le genre humain ; mais quiconque a conservé quelqu’un, c’est comme s’il avait conservé tout le genre humain » [39].

Entre le Coran et la Michna, la différence tient à ce qui est ajouté dans le premier : « à moins que ce soit en prix d’une personne ou en prix d’un désordre sur la terre ». Ces mots enlèvent le caractère absolu de l’interdiction du meurtre ; ils suggèrent même qu’il est licite ou nécessaire de tuer pour défendre l’ordre voulu par Allah sur terre. Certes, on peut se demander s’ils n’ont pas été ajoutés ultérieurement à l’écriture de la sourate car ils viennent mal dans le texte. Mais comme c’est le texte actuel qui fait autorité, ce verset ne peut que recevoir la signification suivante : le meurtre est un mal sauf s’il s’agit de défendre son honneur, spécialement en cas d’homicide, ou l’honneur de Allah sur terre, c’est-à-dire l’honneur de l’Islam. Le meurtre est donc licite dans beaucoup de cas !

Enfin, on peut lire au verset 29 de la sourate 18 : « Croie qui veut et kafare qui veut ». Le verset continue longuement en décrivant l’horrible feu que Dieu a préparé à ceux qui font le mauvais choix, en particulier le choix de kafarer, tandis que les versets 30 et 31 décrivent les délicieuses récompenses célestes qui attendent ceux qui font le bon choix. Le côté fataliste de ces affirmations fonde une certaine tolérance à l’égard de « ceux qui ne croient pas », assurément, mais une tolérance dénuée de tout respect puisque Dieu les a déjà condamnés. À la limite, ces versets expriment plutôt un mépris, au nom de Allah.

En conclusion, nous pouvons affirmer que, hormis le verset 32 de la cinquième sourate et à condition de concevoir qu’il y a eu une modification ultérieure au texte originel, aucun passage du Coran ne permet de fonder autre chose qu’une tolérance refusant tout respect aux non musulmans. Ce qui est compréhensible : le respect des personnes suppose toujours une certaine égalité devant Dieu. Ceci est impensable et expressément nié dans le Coran [40]. Allah Lui-même est dit placer ses fidèles au-dessus des autres et leur enseigner à mépriser les non musulmans qui ne possèdent au mieux qu’un droit provisoire d’exister (en payant) avant d’aller en Enfer.

Tel est le message du Coran aujourd’hui. Il n’est pas possible de dire autre chose sinon dans le but de tromper ceux qui ne le connaissent pas (la taqiya [41]).

Comme il a été dit au début, la logique « d’opposition entre le bien et le mal » développée par l’Islam n’est pas la seule qui existe dans le monde d’aujourd’hui. Il y en a une autre, celle du relativisme absolu, qui lui est radicalement contraire !

Documents liés à celui-ci :

« 47 2 Co 011-004 002 L’écriture du Coran »
« 47 2 Co 011-004 003 L’inspiration du Coran »
« 66 Ap 007-004 001 Qui sont les 144 000 témoins ? »

(au sujet de l’utilisation des textes)

Notes

[1] Les feuilletons américains, axés sur l’affrontement entre le gentil sauveur (américain) et le méchant terroriste (islamique), ne contribuent ni à l’équité, ni à la paix.

[2] Mao Zedong (1893 – 1976) est un homme politique et chef militaire chinois, fondateur et dirigeant de la République Populaire de Chine. Les oeuvres théoriques de Mao et sa pratique politique ont donné naissance au courant marxiste-léniniste connu sous le nom de maoïsme.

[3] Plus exactement les quatre mots formant le début de ce verset comme nous le verrons plus loin.

[4] Sourate 2 dite « La Vache », verset 256.

[5] Chrétiens et musulmans face au défi des Droits de l’Homme, texte des Evêques allemands in La Doc. Cath., n° 2067, mars 1993 [nov. 1992 pour l’original allemand], p.232.

[6] Cette notion de respect d’autrui est exprimée par exemple dans la Charte du Mouvement des démocrates musulmans : Hachémi BACCOUCHE, marié à une catholique, la proposait déjà en 1993 (dans son livre Souffrance, éd. Centus).

[7] Tabarî est né en 839 au Tabaristan en Iran, ce qui lui vaut son surnom de at-Tabarî. Il est un des plus précoces et des plus célèbres historiens et exégètes perses du Coran. Musulman de tradition sunnite, il a passé l’essentiel de sa vie à Bagdad, écrivant tous ses ouvrages en arabe. Avant ses sept ans, il avait appris par cœur le Coran entier, au cours des deux années qui suivirent, il avait fini l’étude des recueils classiques de hadiths (voir « 47 2 Co 011-004 004 Le Hadith et son inspiration »).

[8] Le sens du terme d’associateurs (musrikûn) désignait primitivement les chrétiens et eux seuls.

[9] Le mazdéisme est la religion polythéiste des indo-européens de l’Iran du 2ème millénaire au premier Millénaire avant J.C. Entre le 1er millénaire et 500 avant J.C., le prophète Zarathoustra, ou Zoroastre, initie une réforme du culte Mazdéen qui donnera naissance au Zoroastrisme où Ahura Mazda devient le dieu unique et les autres divinités deviennent des principes associés à Ahura Mazda. Il convient donc de distinguer le mazdéisme, plus ancien et polythéiste, du zoroastrisme souvent assimilé au mazdéisme, qui est une réforme tardive et monothéiste ou dualiste du mazdéisme ancien. Toutefois d’après certains chercheurs et spécialistes, la présentation de la réforme zoroastrienne du mazdéisme comme monothéiste serait encore plus tardive et correspondrait à la volonté des parsis (Les parsis ou parses, de Parashika, peuple de Perse (Iran), sont les adeptes du parsisme, confession dérivée du zoroastrisme, qui fuirent au 8ème siècle une Perse conquise par les Arabes et s’installèrent en Inde) contemporains de l’Islam de montrer une version de leur religion équivalent à celle de l’Islam. Cette vision du zoroastrisme découlerait également d’un préjugé favorable des chercheurs occidentaux désireux de concevoir un prophète « aryen » à côté des prophètes de cultures sémitiques.

[10] La Jizya était un impôt de capitation payé par les dhimmis, les non-musulmans vivant en terre d’Islam. Cela était l’un des principaux moyens utilisés pour forcer pacifiquement à la conversion à l’Islam les non-musulmans. Cet impôt de capitation trouve son fondement [réf. nécessaire] dans un verset du Coran : « Faites la guerre à ceux qui ne croient point en Dieu ni au jour dernier, qui ne regardent point comme défendu ce que Dieu et son apôtre ont défendu, et à ceux d’entre les hommes des Écritures qui ne professent pas la vraie religion. Faites-leur la guerre jusqu’à ce qu’ils payent le tribut de leurs propres mains et qu’ils se soient soumis. » (Sourate 9, L’Immunité, verset 29)

[11] La jizya est l’impôt que devaient payer les hommes pubères non-musulmans (dhimmis) en âge d’effectuer leur service militaire. Du point de vue des souverains musulmans, la jizya était une preuve matérielle de l’acceptation par les non-musulmans de la puissance souveraine et de ses lois, de même que pour les habitants il s’agissait d’une continuation concrète des impôts payés sous les régimes antérieurs. En échange, les dhimmis, majoritaires dans les territoires nouvellement conquis, avaient le droit de pratiquer leur religion, bénéficiaient d’une certaine autonomie de gestion, étaient en droit d’exiger la protection du souverain musulman contre les agressions extérieures, étaient exemptés de service militaire et de l’obligation musulmane de verser la zakat (mot arabe traduit par « aumône », troisième des piliers de l’Islam : le musulman est tenu de calculer chaque année lunaire ou hégire ce montant et le donner aux gens les plus pauvres de sa communauté). Cet impôt de capitation trouve son fondement dans un verset de la sourate 9 dite L’immunité, verset 29.

[12] Un dhimmi (habituellement traduit en français par « allié » ou « protégé ») est, selon le droit musulman, un non-musulman ayant conclu, avec les musulmans, un traité de reddition (dhimma qui se traduit par « engagement », « pacte », « obligation ») déterminant ses droits et devoirs.

[13] Sourate 60, verset 8. Ce verset est le seul qui soit cité pour illustrer la tolérance de l’Islam dans la luxueuse petite brochure éditée par l’ambassade d’Arabie Saoudite à Rome, Conoscere l’Islam e Musulmani, p.20.

[14] Urvoy Dominique et Marie-Thérèse, Les mots de l’islam, édition du Mirail 2004, p.28.

[15] Une fatwa est, dans l’Islam, un avis juridique donné par un spécialiste de loi islamique sur une question particulière. En règle générale, une fatwa est émise à la demande d’un individu ou d’un juge pour régler un problème où la jurisprudence islamique n’est pas claire. Un spécialiste pouvant donner des fatāwa est appelé un mufti. Contrairement à l’opinion répandue, une fatwa n’est pas forcément une condamnation : il s’agit d’un avis religieux pouvant porter sur des domaines variés : les règles fiscales, les pratiques rituelles ou encore l’alimentation.

[16] Voir « 07 Jg 006-025 001 Qui est véritablement Allah »

[17] Sourate 1 verset 3.

[18] Tabarî indique : « jour du Jugement », voir The commentary on the Qurân, tome 1, Oxford University Press 1989, p.67-68.

[19] En arabe, on a précisément ce sens dans le mot basé sur cette racine, dayn, dette.

[20] En 1 Sm 24 : 15 et Ps 68 : 6, le verbe dayan a le sens de juger ; En Gn 15 : 14 ; Dt 32 : 36 ; Jr 5 : 28 et 21 : 12 ; Ps 110 : 6 ; Ecc 6 : 10, il s’agit du verbe diyn. En Jb 36 : 17 diyn a le sens de jugement ou châtiment ; en Es 10 : 2 et Pr 20 : 8 il a le sens de tribunal ou de justice ; dans le Ps 9 : 4, il a le sens d’une cause, et en Est 1 : 13, celui de droit.

[21] Hormis dans l’expression « Jour de la Rétribution », Hamidullah (1908 - 2002, érudit, théologien et chercheur musulman, diplômé en Droit Islamique International, et Docteur en Philosophie, Docteur ès Lettres) traduit dîn autrement encore que par religion dans la sourate 16 verset 52 : « A Lui l’obéissance et une éternité ». Le glissement de sens apparaît évident en de nombreux passages ; par exemple dans la sourate 8 verset 72 : « S’ils vous demandent du secours au nom de la religion » ; le contexte indique « en raison des services rendus », c’est-à-dire « au nom de la justice » ! Ou encore dans la sourate 12 verset 76 : « Joseph n’avait pas à se saisir de son frère selon la religion du roi » ; il s’agit évidemment de la justice du roi. De même, dans la sourate24 verset 2, la fornication sera punie selon la justice de Dieu et non selon la religion de Dieu. On peut continuer : « A Dieu est la Justice », évidemment, et non la religion (sourate 39 verset 3) ; dans la sourate 3 verset 83, parler de la « religion de Dieu » est absurde mais non pas de sa Justice. De même, « Que la religion soit toute à Dieu » devrait être rectifié en « Que ce qui est dû soit rendu à Dieu » (sourate 2 verset 193 et sourate 8 verset 39). La « loi de la religion » (sourate 9 verset 122) n’a guère de sens mais bien la « loi de la justice ». Voir aussi sourate 15 verset 35 ; 26 verset 82 ; 37 verset 20 ; 38 verset 78 ; etc.

[22] Ce dernier terme ne recouvrant pas que le culte.

[23] On trouve par exemple le verbe kara’ de même racine dans Dn 7 : 15, avec le sens de troubler.

[24] Les lettre « t » et « h » ont une équivalence originelle.

[25] Le verbe correspondant, qâtala, est habituellement traduit par combattre, mais il s’agit d’un affadissement trompeur : c’est la 3e forme du verbe qatala signifiant tuer, forme propre à une action qui se concrétise envers un tiers et va jusqu’au bout ; elle signifie : ne pas hésiter à tuer, combattre à mort.

[26] Sourate 2 verset 254.

[27] Dans l’Islam, « kafarer » est une horreur : ceux qui « kafarent » (al-ladîna kafara) sont les pires des hommes, des mécréants impies et immondes, condamnés à l’enfer (sourate 47 versets 12 et 34). Les points de suspension correspondent à cette partie du verset assez compliquée qui fait allusion aux croyants du passé : « Quiconque a rejeté (kafara, a recouvert) les tâghût et croit en Dieu, s’est agrippé dans le passé (fa-qad) à l’anse la plus solide et sans fêlure. Dieu est Celui qui entend et qui sait ».

[28] Sourate 2, verset 256b et 257.

[29] Sourate 9 verset 5.

[30] Sourate 5 verset 48.

[31] En note, Régis Blachere indique sans explication : « Ces deux versets sont, selon toute apparence, une addition ultérieure ».

[32] Cette notion de la prédestination est en totale opposition avec celle énoncée dans la Bible : voir « 45 Rm 008-029 001 La prédestination »

[33] Il s’agit du crime de Caïn.

[34] C’est-à-dire en vertu de la loi du talion, vie pour vie.

[35] Car il est licite d’éliminer ceux qui s’opposent à Allah.

[36] C’est-à-dire aurait sauvé une personne.

[37] Régis Blachère (1900 – 1973) est un orientaliste français. Membre de l’Institut (1972), directeur d’études à l’Institut des hautes études marocaines de Rabat (1930-1935), professeur d’arabe à l’École nationale des langues orientales (1935-1950), professeur de littérature arabe du Moyen Âge à la Sorbonne (1950-1970), directeur d’études à l’École pratique des hautes études (1950-1968), directeur de l’Institut d’études islamiques de l’université de Paris (1956-1965), directeur du Centre de lexicographie arabe, associé au CNRS (1962-1971). On lui doit une traduction « critique » du Coran (1947) et un essai de reclassement des sourates dans l’ordre chronologique de leur écriture.

[38] La Mishnah (« répétition ») est la première et la plus importante des sources rabbiniques obtenues par compilation écrite des lois orales juives, projet défendu par les pharisiens et considéré comme le premier ouvrage de littérature rabbinique. La Mishnah est écrite en hébreu. Le terme Mishnah fait à la fois référence à l’ouvrage recensant l’opinion et les conclusions des rabbins de l’époque (on parle alors de La Mishna) et aux conclusions des rabbins elles-mêmes (on parle alors d’une ou des mishnayot, pluriel de mishna).

[39] Le Coran, de Régis Blachere, page 137.

[40] Par exemple dans la sourate 6 verset 165 ou la sourate 16 verset 75.

[41] La taqîya, parfois notée taqiyya ou takia (circonspection, crainte de Dieu, sainteté) est une pratique qui consiste à dissimuler son appartenance à un groupe religieux et à pratiquer en secret sa religion pour échapper à des persécutions. Le Coran signale que ceux qui auront été poussés à l’apostasie seront pardonnés : « Celui qui renie Dieu après avoir cru, —non pas celui qui subit une contrainte et dont le cœur reste paisible dans la foi— celui qui, délibérément, ouvre son cœur à l’incrédulité : la colère de Dieu est sur lui et un terrible châtiment l’atteindra. » (Sourate 16, Les Abeilles, verset 106) En se prévalant de ce verset, la taqîya peut devenir une règle de comportement.

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